La postrompiĝa temp’ (L’air doucereux)

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Paroles et musique, piano et chant : Guillaume Armide
Enregistrement et mixage (mastering) : Jacques Hermet au Studio du Moulin, en septembre 2012 (mai 2015)

 Biographie d’une chanson

L’histoire de La postrompiĝa temp’ (l’après-rupture) est particulièrement riche ! Tout a commencé dans les années 1990 alors que je savais encore peu de choses de l’espéranto. À l’époque j’écrivais souvent des chansons (en français) en collaboration avec un ami guitariste très prolixe. Le roman Colline de Jean Giono lui avait inspiré un texte qu’il m’avait confié pour le mettre en musique. Le refrain disait :

Mes yeux voient loin et je devine
Là où va mourir la colline

Je l’ai mis en musique en suivant ses recommandations : une musique douce, tranquille, reposante.

Le résultat ne lui a pas plu et j’ai mis la musique à la poubelle !

Quelques années plus tard, je vivais une déconvenue amoureuse. Je vivais l’après-rupture. Quelques années plus tard encore, je commençais à m’en remettre. Je commençais à vivre l’après-après-rupture ! Parallèlement et « par hasard », la musique de Colline sortait de la poubelle et se réinstallait dans mon piano. Je décidai donc de coucher sur elle un nouveau texte. Mais je ne réussis pas à en retirer tout l’ancien texte. Deux mots restaient obstinément accrochés à la musique : mes yeux. Je les ai gardés mais j’ai changé la fonction oculaire concernée (car nos yeux ont deux fonctions : regarder et pleurer !) :

Mes yeux sont secs et je respire
L’air doucereux de te maudire

Vous voyez qu’à ce moment, à vrai dire, je n’étais pas encore dans la joie sincère, qui est venue quelques années plus tard, lorsque j’ai commencé à vouloir écrire en espéranto et que j’ai pioché « au hasard » dans mon répertoire, des œuvres à adapter non seulement en espéranto mais aussi à ma réalité d’alors, à ma nouvelle façon de voir. Je ne souhaitais plus parler de cette période, après la déception, où on a changé son amour en haine et son rôle de victime en celui de bourreau, pour se rendre la situation plus confortable. Je souhaitais décrire la vraie guérison, quand on est pleinement joyeux, parce qu’enfin, on a lâché les rêves, abandonné les illusions, mis un terme aux attentes. « Mi ne plu atendas vin! » (Je ne t’attends plus !). Voilà tout ce qu’exprime la vraie fin de l’après-rupture ! « Je ne t’attends plus ! » ne veut pas dire « Reste hors de ma vie! » mais simplement : « Tu n’es plus la condition sine qua non à mon bonheur et c’est moi qui en ai décidé ainsi. » Voilà le message que je désire lancer à toutes les personnes qui ont perdu ou perdront l’être aimé. Je souhaite donner la lumière du bout du tunnel. Je souhaite dire : autorisez-vous à être triste car ça ne va pas durer !

Entre parenthèses, j’ai envie de parler ici de deux artistes français qui m’inspirent énormément. Il s’agit de Michel Jonasz et William Sheller. Sachez simplement que Michel Jonasz a écrit une chanson « Je voulais te dire que je t’attends ». Le titre suffit à comprendre de quoi il s’agit, n’est-ce pas ? Elle a été écrite plus ou moins en  1975. Environ vingt années plus tard, le même artiste publie une chanson « C’est toi » dans laquelle l’être aimé revient après toute une vie à l’attendre. C’est un peu comme si la deuxième chanson donnait raison à la première ! Pourtant aucune des deux chansons ne contient ni ne laisse entrevoir de réelle joie. Ce qui n’empêche pas que je les adore toutes les deux ! En revanche, William Sheller chante : « Quand j’étais à vos genoux » où il décrit le bonheur de s’être libéré d’un amour oppressant. Aujourd’hui, mon indicateur, c’est la légèreté, je vais là où le cœur capte une énergie positive. Et vous ? Préférez-vous la recherche et l’astreinte à un amour idéal, la notion d’âme sœur unique et irremplaçable ou vous laissez-vous guider simplement par ce qui vous procure de la joie à chaque instant ?

Bien sûr, à travers ces adaptations du texte, la musique aussi a évolué. Ce n’est plus la petite musique douce et calme des premiers temps ! Elle est devenue de plus en plus rythmée et dynamique. Et elle a atteint son plus haut niveau d’énergie dans la version du groupe de rock brésilien Supernova, que j’aime beaucoup. Elle est pour ainsi dire ce que je visais avec mon simple clavier de piano. C’est comme si les musiciens de Supernova avaient entendu les guitares et la batterie que j’avais en tête et avaient su les faire exister. C’est pour moi un pur bonheur !

Paroles

Venis la postrompiĝa temp’ / La ne plu mezurebla temp’ / Temp’ de la senfina ekzil’ / En reĝlando de l’ senutil’ / Venis la postrompiĝa temp’ / Sed mi transsaltis ĉiujn remparojn / Ĉiujn barojn / Okuloj miaj sekiĝis kaj / Mi ne plu atendas vin sur la kaj’

Venis mallibereco dank’ / Al la gvatado de la mank’ / Iĝis kaptil’ per iu truk’ / La antaŭe milda littuk’ / Venis mallibereco dank’ / Al vi sed malplenas je rankoro / Mia koro / Okulojn miajn briligas ĝoj’ / Mi ne plu atendas vin sur la voj’

Okuloj miaj sekiĝis kaj / Mi ne plu atendas vin sur la kaj’ / Okulojn miajn briligas ĝoj’ / Mi ne plu atendas vin sur la voj’ / Okuloj miaj sekiĝis kaj… aj! aj! aj!

Traduction littérale

Vint le temps de l’après-rupture / Le temps sans mesure / Le temps de l’interminable exil / Au royaume de l’inutile / Vint le temps de l’après-rupture / Mais j’ai sauté tous les remparts / Toutes les barrières / Mes yeux ont séché et / Je ne t’attends plus sur le quai

Vint la captivité grâce / Au guet du manque / Par je ne sais quel trucage, les draps anciennement doux / se sont transformés en piège / Vint la captivité grâce / À toi mais mon cœur / Est vide de rancœur / C’est la joie qui fait briller mes yeux / Je ne t’attends plus sur le chemin

Texte français

L’air doucereux

Ce fut l’après de la césure / Où le temps n’a plus de mesure / Où l’on se retrouve en exil / Dans l’empire de l’inutile / Ce fut l’après de la césure / Mais plus une ombre n’en perdure / Mes yeux sont secs et je respire / L’air doucereux de te maudire

Ce fut la lente pénitence / Sous la vigie de la carence / Pris dans les rets des mêmes draps / Et d’infranchissables « pourquoi ? » / Ce fut la lente pénitence / Mais tout ça n’a plus d’importance / Mes yeux sont secs et je respire / L’air doucereux de te maudire

Accords

La m | La m | La m / Do | La m / Do | Sol M | Sol M | Sol M | Sol M | La m | La m | La m | La m |
La m | La m | La m / Do | La m / Do | Sol M | Sol M | Fa M | Fa M |
m | Ré m | Mi M 4, Mi M | La m | Mi M |

Le La m / Do peut aussi bien être joué Do M.

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